Ismaghil nous écrivait il y a peu :
« Ne pas transmettre à Cécile de nouvelles qui pourraient l’inquiéter, elle est trop fragile.
S’en tenir à lui transmettre que du bon, des choses rassurantes ! »
Il avait bien senti , à distance, la fragilité de Cécile due aux années qui venaient s’ajouter les unes après les autres. Ils étaient tellement proches, tels une mère et son fils.
Et Cécile s’en est allée doucement, petit à petit, le 25 novembre 2025.
La fondatrice de TAGAST IN IMAWALANE – Sauvegarde des éleveurs nomades , en 2003,
Cécile LIBEN , laisse dans son sillage une accumulation de réalisations étonnantes, inhabituelles, grandioses.
Elle n’aimerait pas que nous évoquions cette réussite : elle était humble , simple, mais tellement profonde. Attachée à la culture du peuple Touareg, elle en connaissait tous les détails qu’elle écrivait dans les articles de nos anciens bulletins « Issalan ».
Elle restera dans notre souvenir comme une personne pétrie de générosité, qui a tout donné sans jamais rien attendre en retour disait un de ses proches.
Une grande Dame s’en est allée.
Des nouvelles d’Ib’Dnaza :
La région d’Ib’Dnaza est menacée par des incendies de brousse nous explique Ismaghil.
Ceux-ci se déclenchent environ un mois après la saison des pluies : les herbes germent avec les pluies, puis grandissent et lorsque la chaleur devient intense, elles se dessèchent et, à la moindre étincelle, elles brûlent sur des dizaines de kilomètres.
C’est désastreux pour les nomades qui perdent la possibilité de faire pâturer leurs animaux, et aussi évidemment pour les villages confrontés aux flammes.
D’après Ismaghil, le phénomène s’aggrave avec les années et ces incendies deviennent de plus en plus importants.
Les villages en brousse ne sont pas aidés de l’extérieur alors qu’ils ne disposent d’aucun équipement leur permettant de faire face efficacement aux flammes. Certaines photos envoyées par Ismaghil montrent des villageois luttant contre les incendies avec de simples bâtons, ou creusant des sillons pares-feux avec des bêches.
Ces derniers jours, de tels feux ont pu être arrêtés à environ 5 km de Ib’Dnaza, épargnant l’école (du moins cette fois-ci).
Les habitants d’Ib’Dnaza ont expliqué à Ismaghil qu’ils pourraient beaucoup mieux se protéger des incendies s’ils disposaient d’attelages pour faire les bandes pares-feux et Ismaghil s’est tourné vers nous, demandant si nous pourrions financer deux attelages (l’un à traction animale et l’autre à traction mécanique).

Avec l’accord express des administrateurs, la somme requise a pu être envoyée sur le champ vers le Niger. C’est ainsi que deux de ces engins ont pu être achetés. On peut les voir sur les photos ci-dessous. On y distingue comme une lame horizontale dont la fonction consiste à racler le sol et arracher l’herbe séchée. Les lames mesurent trois mètres de long, de sorte qu’en trois passages parallèles on peut créer un coupe-feu de neuf mètres de large.
Dernières nouvelles de l’école
La rentrée scolaire a eu lieu en octobre, comme chaque année.
Malheureusement, comme l’an passé, les salaires des professeurs n’ont plus été payés depuis plusieurs mois. Résultat : alors qu’il avait été promis que l’école aurait au moins quatre enseignants, seuls deux sont arrivés : un nouveau directeur et son adjoint.
Le problème est général, mais il affecte surtout les régions les plus éloignées des grands centres, tels Ib’Dnaza. Dans la Commune de Tenhiya, à laquelle appartient Ib’Dnaza, et qui, avec 10 935 km2, couvre plus qu’un tiers de la Belgique, rares sont les écoles qui comptent plus d’un enseignant. En effet, de nombreux enseignants non payés préfèrent rester dans des grandes villes où ils ont plus de chance de trouver d’autres moyens de subsistance que l’enseignement.
Cela dit, l’inspecteur régional a confirmé à notre partenaire Ismaghil qu’il espérait toujours trouver deux enseignants supplémentaires qui rejoindraient l’école à la fin des vacances de Noël. Nous croisons les doigts pour que ces problèmes de paiement en retard se résolvent et que plus d’enseignants rejoignent des postes comme Ib’Dnaza.
Conséquence de ces problèmes, beaucoup de familles n’ont pas souhaité envoyer leurs enfants à l’école, qui ne compte à ce jour que 71 élèves, dont seulement 20 en pension. Prenant le problème à bras le corps, le directeur de l’école et Ismaghil ont réuni un certain nombre de représentants des parents pour leur parler des problèmes de l’école, et en particulier du nombre d’enfants inscrits. Ensemble, ils ont décidé d’organiser deux caravanes de motos pour aller parler aux familles lointaines en vue de les convaincre de confier leurs enfants à l’école. Leur objectif est que 60 enfants supplémentaires rejoignent l’école, quasi tous comme pensionnaires. L’on arriverait ainsi à 131 élèves.
Des nouvelles de la zone maraîchère
Durant la saison des pluies, l’on a planté principalement du haricot et du sorgho. Pas de chance avec le haricot : il n’a quasi rien donné dans l’ensemble du pays, et Ib’Dnaza n’a pas fait exception. Quant au sorgho, on en a récolté 26 sacs de 25 kg, soit près de 2.600 kilos
Autre grand succès : la cueillette des feuilles de Moringa. Le Moringa est un arbre à croissance rapide, à feuillage caduc, qui peut atteindre une hauteur de 10-12 mètres pour un diamètre du tronc de 45 centimètres (Wikipédia). Ses feuilles ont la propriété d’être très nourrissantes. Au Sahel, elles sont consommées comme légumes. De nombreux plants de Moringa ont été plantés dans la zone maraîchère et les résultats sont excellents. Outre la fourniture quotidienne pour les élèves de l’école, Tifawt a réussi à en vendre pour près de 4.000 Euros, et a constitué un stock supplémentaire de destiné en partie aux enfants et en partie à la vente.



